Le projet Hôdo
Une monnaie étalon

Une monnaie étalon
pour maîtriser le gâchis «écologique»,
ne pas être soumis aux monopoles économiques et
assurer un même abri minimum à tous les citoyens de la Terre.


Cela implique un système d’étalonnage indépendant de toute spéculation entre pays ou groupes de nations, un système sous le contrôle d'un organisme mondial tel que le Bureau international des poids et mesures.


Table des matières

  1. Une monnaie-énergie
  2. Un système juste
    1. L’indépendance géopolitique
    2. Le travail humain
  3. Économie écologique
    1. Les dépenses énergétiques de production
    2. Le rendement
    3. Les coûts des cycles de vie
    4. Les valeurs intrinsèques
    5. Juste rémunération
    6. Un exemple
  4. Un système équitable
    1. Des échanges circulaires
    2. Le revenu universel
    3. Capital et synergie
    4. Et la paresse?
    5. Urgence!
    6. Le partage de la Terre
  5. Autres articles sur le thème


Une monnaie-énergie

Lorsque les mesures furent étalonnées, il y eut, paraît-il, un rejet des commerçants. Utiliser des poids, des longueurs, des volumes «normalisés» les laissait perplexes. On peut imaginer qu’il en sera de même avec la monnaie qui pourtant fut à son origine «étalonnée». L’or a souvent servi de modèle, et ce n’est d’ailleurs pas le seul «étalon». Par exemple dans la province du Shaba (Katanga) dans la République Démocratique du Congo, la «croisette» était aussi une monnaie «normalisée», mais sur le cuivre.

La monnaie ne représentait pas des unités physiques comme le kilo, la livre, le mètre, la coudée, la seconde… Il n’y eut donc pas le même désir de normalisation et de précision. Elle ne représentait qu’une vague notion «d’effort» d’obtention, quelle qu’en soit la cause: travail, rareté… et appropriation!

L’appropriation est le véritable vecteur économique, car, plus que la rareté d’un objet, c’est l’envie de s’en approprier qui monte les enchères. C’est la fameuse loi de «l’offre et de la demande». Cette loi, ne s’accommode pas de «normes», comme sans doute à l’origine les commerçants qui préférait utiliser leur «coudée», ou ceux qui ne voyaient pas l’utilité d’inventer le thermomètre, considérant que leurs sens suffisaient pour évaluer la chaleur et le froid.

Pourtant, tout est énergie et tout travail obéit aux lois de la thermodynamique notamment celle concernant l’entropie.

L’énergie est déjà en soi la «monnaie» de l’Univers.

Quels seraient les avantages d’une telle monnaie?

Ce modèle permettrait d’enrichir le concept de cybermonnaie. Ces dernières pourraient s’appuyer sur du «concret» comme l’or qui, tout comme l’énergie, est fiable dans le temps et l’espace. Pourtant, ce métal dit noble a une énergie atomique facilement estimable qui peut servir de point de départ tangible à une monnaie-énergie. Est-il d’ailleurs nécessaire de passer par un «intermédiaire» comme l'or ou le cuivre? L’énergie est présente partout, elle ne se crée pas et donc ne connaît pas d’endettement. Par contre, elle peut se stocker, se «capitaliser», et fournir une énergie potentielle disponible.

Une monnaie étalon basée sur l’énergie permettrait aussi de mesurer de nombreux facteurs apparemment «abstrait», comme dans le travail humain, l'activité des bras, du cerveau, le maintien en vie, le stress...

Mieux! L'énergie, nous en recevons sans cesse du Soleil! N'est-ce pas là, la rétribution universelle dont on rêve parfois dans certains concepts sociopolitiques d'assistance aux démunis, sans avoir recours à divers stratagèmes?

Et quel meilleur outil pour mesurer les dépenses des ressources de la planète, et donc gérer au mieux l'écologie! Quelles surprises aurions-nous en comptabilisant les dépenses pour produire des conserves en boîtes métalliques ou des aliments maintenus dans les congélateurs des frigidaires personnels? Mesurer toute l'énergie d'une création depuis sa naissance jusqu'à sa fin est sans doute la plus sûre manière de savoir si un choix un meilleur qu'un autre du point de vue écologique.

Un système juste

L’indépendance géopolitique

En tout premier lieu, une telle monnaie aurait l’avantage de la neutralité géopolitique.

L’énergie est pareille et identiquement mesurée sur toute la planète,
indépendamment des populations qui occupent un territoire et de leurs alliances économiques.

L’énergie comme étalon monétaire permettrait de ne plus soumettre des populations à des dévaluations nationales imposées par d'autres puissance détentrice de «l'étalon» monétaire. Ce type de dévaluation devrait être considérée comme un acte ségrégationniste, car derrière, se cache la dépréciation du travail humain des régions concernées. C’est d’autant plus grave que l’on sait combien le «salaire» est une marque de reconnaissance. Or voir son pouvoir d’achat diminuer correspond à une sanction, d’autant plus injuste qu’elle est décidée par des puissants qui décident de la valeur à attribuer à une monnaie locale et indirectement à des humains.

Cela permettrait aussi de ne pas rétribuer différemment les humains selon leur région, permettant par exemple, de faire travailler des salariés à prix réduit ou de surpayer du personnel en mission dans ce type de pays.

Le travail humain

L’humain, comme tout être vivant, est du point de vue purement de la physique, une «machine» qui travaille en transformant les énergies au sein desquelles il est plongé.

Or vivre implique déjà en soi un travail.

L’humain dépend de nombreux facteurs: société lui assurant sa survie en respectant un protocole à la fois hérité et adaptable permettant d’échanger idées et objets avec efficacité et sécurité; biologie résultant de millénaires de spécialisation au sein d’un écosystème aujourd’hui si non fragilisé, du moins perturbé. Dans tous les cas, la vie sous toutes ses formes et avec toutes ses manifestations n’existe que parce qu’elle gère des échanges énergétiques.

(Extraits de Wikipédia) Le métabolisme est soumis aux principes de la thermodynamique, qui régissent les échanges de chaleur et de travail. Le deuxième principe de la thermodynamique indique que, dans tout système fermé, l’entropie (c’est-à-dire le désordre) tend à augmenter. […] la vie n’est cependant possible que parce que tous les organismes sont des systèmes ouverts, qui échangent matière et énergie avec leur environnement. […]

Le métabolisme de base (MB), ou métabolisme basal, correspond aux besoins énergétiques «incompressibles» de l’organisme, c’est-à-dire la dépense d’énergie minimum quotidienne permettant à l’organisme de survivre; au repos, l’organisme consomme de l’énergie pour maintenir en activité ses fonctions (cœur, cerveau, respiration, digestion, maintien de la température du corps), avec des réactions biochimiques […]

À cette dépense énergétique de repos, on peut signaler deux autres types de métabolismes:

Métabolisme postprandial: dépense calorique consécutive à un repas…

Métabolisme de l’exercice: dépense calorique consécutive à un effort physique ou au cerveau pendant un travail intellectuel ou de concentration intense (examens, conduite automobile…). Ce besoin est difficilement quantifiable étant donné qu’il varie d’un individu à l’autre et d’une situation à l’autre.

Dans tous les cas de figure, la «machine» humaine consomme de l’énergie. Son intelligence primaire d’être vivant consistera à trouver de l’énergie consommable, pour maintenir son existence et la prolonger. Une intelligence plus «évoluée» cherchera à améliorer le rendement de l’acquisition et de l’emploi des ressources.

Par extension, tout «commerce» de l’homme avec son environnement, et donc l’humanité elle-même, est énergétique. Une monnaie permettant de mesurer cet échange sur une base énergétique pourrait au moins par exemple assurer le «minimum vital» que requiert son existence. Si un SMIC, un RSA, une pension de retraite doivent exister, ils devraient au moins représenter le métabolisme minimum de l’humain. Par métabolisme minimum, nous entendons le métabolisme de base auquel s’ajouteraient ceux qui s’imposent pour un minimum d’activité sociale et sécuritaire. Si notre société ne permet plus de profiter spontanément des dons de la nature (énergie, abri), il peut paraître logique que la «société» compense cette perte individuelle, dont elle-même a bénéficié. En effet, par exemple, si la société a construit des espaces de pierre pour les besoins de l’ensemble de ses membres à la place d’espaces agricoles, de cueillette, de chasse…, il faudrait compenser cette perte. Il en est de même, si cela empêche de construire soi-même son abri à partir des éléments locaux. Dans chacun des derniers cas cités, c’est une juste réattribution des dons de l’Univers qui en final se mesure toujours en énergie.

Encore une fois, cette mesure, même si elle peut dépendre des climats et autres facteurs géologiques serait indépendant de la géopolitique proprement dite.

Le métabolisme d’un bébé pygmée ou celui d’un vieillard inuit ne dépend d’aucunes considérations financières.

Économie écologique

Les dépenses énergétiques de production

L’intérêt d’une monnaie basée sur la notion d’énergie est qu’elle est propice à représenter le véritable travail fourni lors de la production de biens (de «consommation» ou non).

La fabrication d’un objet est une succession de travaux ayant un prix énergétique: extraction de matières premières, affinage, alliage, mises en forme… jusqu’à son usage final. Et ensuite, le recyclage procède presque de la même manière, sauf que cette fois, le «minerai» n’est pas extrait du sol, mais récupéré des «déchets». Il faut noter que la notion de recyclage occulte souvent le fait qu’il y a malgré tout consommation d’énergie. Ce qui est souvent tu comme s’il s’agissait d’un mensonge par omission pour «rassurer» les âmes candides et bien pensantes quant à l’écologie.

Dans tous les cas, il faut introduire les déplacements fournis, et, enfin, additionner toutes les activités humaines dédiées à ces actions.

Le rendement

Le rendement au sens de la physique serait directement récompensé. En effet, toute créativité permettant de produire à moindre coût énergétique serait automatiquement répercutée par une monnaie-énergie. Un tel système inciterait à réduire les dépenses de production et à produire plus à moindre coût. Il ne faut pas confondre ce rendement au sens de la physique de celui du travail qui a une notion de productivité dans le temps, ce qui s’apparenterait plus à un calcul de puissance (toujours au sens de la physique, c’est-à-dire de travailler plus vite).

Dans un mode de fonctionnement écologique, le slogan ne devrait pas se résumer à travailler plus pour gagner plus, mais aussi et surtout travailler mieux pour dépenser moins.

Les coûts des cycles de vie

Les coûts des différentes phases d’un produit, création, perfectionnement, maintenance, recyclage… seraient aussi mesurés avec précision, ce qui permettrait d’évaluer l’intérêt à choisir certaines orientations plus sages, même l’abandon d’un projet qui s’avérerait plus couteux que la création d’un nouveau.

Il n’y aurait pas ainsi de mode «écologique» pouvant se développer autour de concepts omettant certaines «dépenses». Ainsi les recyclages de matières seraient peut-être vus sous un autre angle qui n’aurait d’autre but que rassurer la consommation en oubliant par exemple systématiquement le prix de la production et du stockage de l’électricité lorsqu’on vante une innocuité écologique.

Inclus dans le cycle de vie et souvent oublié, il y a le stockage. Pas seulement celui de l’énergie, mais celui de tout ce qui doit être conservé pendant un certain temps. Il ne s’agit pas que de conserver en batterie de l’énergie, dans des réservoirs des combustibles, mais aussi les denrées alimentaires, les objets qui vieillissent d’une manière ou d’une autre, par la rouille, la décomposition. Certains de ces produits requièrent même de très basses températures… et donc encore une fois, énergie, énergie, énergie…

Les valeurs intrinsèques

Deux sortes de coûts «intrinsèques» devraient être prise en compte dans le prix des choses: celui de la matière elle-même et celui de la vie.

Le coût de l´existence de la matière

On parle souvent du prix de la rareté de certains matériaux. Il est toujours spéculatif et pourtant lui aussi peut être quantifié de manière rigoureusement scientifique, même au niveau de sa structure nucléaire. Plus un noyau a coûté énergétiquement cher pour exister, plus il est rare.

Quant aux réactions physico-chimiques qui ont conduit à l’existence de certains éléments simples (atomes) ou complexes (molécules…), cela aussi peut être mesurable.

Le coût de la vie

De même, le métabolisme pourrait être une base pour mesurer le revenu minimum et salarial d’un individu, de même on pourrait utiliser une méthode analogue pour mesurer le prix des produits agricoles. Ainsi, un animal se nourrissant de végétaux est une chaîne de transformation énergétique.

Ces valeurs intrinsèques pourraient déterminer le coût écologique des matières premières et agricoles.

Le prix de la maintenance

Ces valeurs intrinsèques ne seraient pas reversées à un quelconque propriétaire. Elle devrait l’être à un fond commun planétaire permettant de gérer le renouvellement des ressources.

Dans un tel raisonnement, personne ne serait donc propriétaire d’un quelconque sous-sol ni être vivant, et à fortiori humain. Seul le travail pour gérer ses différentes ressources: richesses minières, aquatiques, sols cultivés ou non, cheptel, animaux domestiques, associés salariés ou non…

Par contre, dans la gestion, intervient la notion d’abri, à nos yeux, indispensable pour tout être vivant. Il s’en suit que l’entretien d’un espace sécurisé aussi pour se reposer, s’approvisionner ou travailler a un coût énergétique, donc redevable.

Juste rémunération

La gestion d’une économie basée sur l’énergie devrait mener à reconsidérer le travail fait en commun: le salaire ne servirait plus à faire vivre quelqu’un, mais à gratifier l’apport fourni par le travail.

Or comme nous le disions, le travail consiste souvent à donner quelque chose qui a été récolté de notre monde puis transformé en «consommant» de l’énergie, qu’il s’agisse de chose vivante comme les végétaux, les animaux, le sous-produit… ou d’objet assemblé de matériaux, extraits, raffinés… Les énergies fondamentales n’appartiennent en soi à personne. Ce qui s’achète et se vend serait uniquement le travail de chacun, non celui des autres ou celui fourni par la nature et par les machines. C’est le travail exécuté par l’organisme qui a besoin d’être «rémunéré», non celui qui a été brûlé par autre chose.

Mais si ce travail a été effectué par d’autres êtres humains, ce sont ces autres humains qui ont besoin d’être rétribués. Nous pouvons alors paraphraser dès lors la fameuse phrase «à travail égal, salaire égal» en «à énergies consommées égales, rétributions égales».

Un exemple

Un paysan produit du blé. Pour simplifier le raisonnement de l’exemple, on omet qu’il a fallu au préalable avoir des semences, travailler la terre, fabriquer des moulins… Mais ici, nous nous contentons de «cueillir» le blé à la main. Il y aurait alors deux lots d’énergies pour représenter le travail de l’agriculteur: l’énergie du blé en soi et celle du récolteur. Mais ce blé n’est pas exploitable directement, il faut le transporter au moulin, ce qui va ajouter deux paires de lots d’énergie sans rentrer dans les détails: le travail transporteur et l’énergie du moyen de transport, puis le travail du meunier et celui du moulin. Ce blé devra être transformé pour être propre à la consommation, d’où deux autres paires de lots: le travail transporteur suivant et l’énergie du moyen de transport, puis le travail du boulanger et l’énergie du four. On peut même imaginer que ce pain va être vendu en grande surface, d’où une nouvelle collection de paires d’énergies: transporteur-transport, magasinier-stockage… La personne qui viendra acheter ce pain devra payer au prorata les différentes énergies consommées. Là aussi, il y a deux lots: d'un côté, l’énergie de tous travailleurs, et de l'autre, celles des machines qui se sont usées, des carburants brûlés, de la terre qui s’est appauvrie…

Le premier lot devra rétribuer le travail humain et le second assurer la maintenance des machines et de la plus importante de toutes: la Terre. Ce dernier lot serait géré par une sorte de Banque Écologique Mondiale.

Avec ce petit exemple, on veut montrer la notion de double type de dépenses: celles effectuées par l’homme, et celles engendrées par les outils et par les autres êtres vivants qui, eux-mêmes, requièrent soins et alimentation, c’est-à-dire de nouveaux apports de matière et d’énergie.

On se rend bien compte avec toutes les omissions qui ont été faites pour la facilité de la démonstration que l’application d’une telle économie basée sur l’énergie ne serait pas «juste» instantanément et que de toute manière il faudra toujours par la suite des réajustements pour tenir compte de tel ou tel flux d’énergie oublié ou mal évalué dans les mesures précédentes.

Mais on voit ici l’écart entre nos systèmes actuels. Il n’y a pas d’enrichissement possible par le travail! En effet, la rétribution correspond à la perte d’énergie du travailleur. Par contre, il y a appauvrissement de celui qui ne dépend que du travail des autres, car pour vivre, il a besoin de faire appel à leur service ou de vivre en complète autarcie.

En effet, si le producteur a dépensé 20ⵐ d’énergie personnelle et 20ⵐ1 d’énergie non personnelle (autres hommes, machine, matière première…), le consommateur devra lui payer 40ⵐ. Donc en fin de transaction, le consommateur aura perdu 40ⵐ et le producteur n'aura reçu que 20ⵐ.

Plus les dépenses seront élevées, plus l’acquéreur se tournera vers un système plus économique, donc avec un meilleur rendement. Un travailleur qui produirait trop cher par manque d’optimisation à rapport de qualité égal, se verrait pénalisé comme dans les systèmes actuels de concurrence.

Il faut préciser et insister sur le fait que cet exemple ne sert qu'à montrer les flux d'énergie du producteur au consommateur qui se décomposent systématiquement en deux parts: l'une étant le travail humain, l'autre les ressources utilisées.

Un système équitable

Des échanges circulaires

La notion d’aides de solidarité pourrait être aussi à revoir sous la lumière de la monnaie-énergie.

En effet, au lieu de se perdre en calculs complexes et à force injustes, car incapable de prendre en compte tous les cas particuliers, il serait préférable de donner à chaque humain une sorte de droit à la vie depuis la naissance jusqu’à la mort. De l’énergie, nous en recevons à chaque instant notre part donnée essentiellement, directement ou indirectement, par le Soleil et la gravitation, et cela bien avant la notion de monnaie et de finance, à l’instar de tous les êtres vivants et de toute l’humanité qui a précédé nos «grandes» civilisations, sans omettre celles du commerce, du grand capital et de la course à la consommation. Il est évident que cela ne fera pas disparaître les besoins d’assistance, car personne n’est à l’abri d’incident grave, mais cela améliorerait les flux d’échanges tellement opacifiés par l’absence de mesures fiables adaptées à chaque besoin.

Si l’on regardait tous les flux, les plus banals, par exemple celui que le boulanger va payer à l’État qui en donne une partie à l’armée qui paye l’entreprise travaillant pour elle, laquelle verse le salaire de l’ingénieur qui va acheter son pain chez le boulanger… Combien d’échanges sont finalement d’une manière ou d’une autre «circulaires»? Ce qui a été donné d’une main est repris par l’autre. De manière caricaturale, on pourrait dire que le boulanger a donné de l’argent à l’ingénieur pour qu’il se nourrisse chez lui à condition que ce dernier ait contribué à l’armement de son pays. Cette vision devrait mettre en question la notion d’imposition, de taxe, etc.

Le flux de la consommation, de même que les capitalisations, du point de vue énergétique sont bien des réalités sans valeurs ni politiques ni morales. Les analyser sous cet angle peut nous conduire à d’autres concepts économiques.

Le revenu universel

Dans la foulée, un revenu universel, manne du ciel, devrait pouvoir faire disparaître toutes les notions d’aide récurrente, puisque tout le monde les recevrait. Ce serait une sorte de «don» à la vie depuis la naissance jusqu’à la mort, planétaire et identique, pour tous. Un «don» et non un «droit», car nous n’avons aucun droit sur l’Univers.

Cette manne du ciel serait bienvenue en milieu urbain, compensant l’absence de nature pour se nourrir et s’abriter. Mais n’est-ce pas le cas déjà actuellement pour une très large majorité? De manière primitive, ce don se résumerait aux fruits de la chasse, de la pêche, de la cueillette, de la culture locale, et au maintien d’un environnement sécuritaire.

Le travail apporterait alors un excédent par rapport aux besoins minimums. Il servirait alors à améliorer son bien-être. D’où l’importance du rendement au sens physique du terme! L'énergie accumulée pourrait être aussi capitalisée comme toute énergie qui peut être stockée. Quels seraient les avantages?

La maîtrise écologique

Maîtriser l’énergie de bout en bout devrait être un «idéal» écologique. En effet, maîtriser la consommation d'énergie lors de la production de bien-être vitale ou non permettrait d'éviter aux moins deux problèmes de notre société de «consumation». Cela permettrait de contrôler d'une part l'exploitation des ressources difficilement renouvelables, et d'autre part, la production de déchet de combustion tel que l'excès de CO2.

On ne peut vivre pour la consommation alimentée par et pour la production, cela a un coût énergétique que personne ne relève et qui a un effet auto-alimentation difficilement contrôlable. C’est là qu’est la dépense de la planète. Il faut donc apprendre à fabriquer pour durer, ce qui est diamétralement opposé à l’esprit actuel de la consommation.

Une «assuance» contre les catastrophes

La pandémie du COVID-19 montre à quel point, un revenu universel serait bienvenu pour tous les travailleurs qui sont obligés d'interrompre leurs activités rémunératrices.

Mais ce n'est pas le seul cas. Que dire des catastrophes naturelles que l'on dit de plus en plus fréquentes à cause du réchauffement de la planète? Et que dire des guerres qui sans cesse frappent au moins un endroit sur la Terre?

Capital et synergie

L’imposition ne devrait servir qu’à maintenir les structures partagées par des communautés, et non à maintenir une fausse redistribution qui est en réalité purement politique et donc subjective.

Peut-être aussi serait-il temps de changer complètement la vision du crédit. Aucun système physique ou biologique ne vit à crédit. Jusqu’à présent, aucun physicien n’a démontré que l’on pouvait créer de l’énergie.

Le capital est incontournable en physique, c’est l’énergie potentielle.

Cette énergie présente partout, elle l’est aussi en biologie. L’emprunt n’existe pas en biologie: un être vivant ne peut jamais consommer plus que ce qu’il a, sinon, il meurt.

La principale vertu du capital est précisément de faire des réserves pour les coups durs. C’est le cactus qui stocke l’eau pour résister aux sécheresses, il en est de même pour le chameau, le randonneur qui prend sa gourde… Mais évidemment, il y a toujours ceux qui pillent les étals pour se faire des réserves inutiles, quitte à priver les autres… Ce n'est pas un argument pour bannir le capital.

Une incitation à la paresse?

Et si tout le monde reçoit une «manne du ciel», est-ce que cela ne serait pas propice à la paresse?

Tout d’abord, il faut s’entendre sur la notion de «paresse» qui peut être une maladie, une forme d’abus, une marque d’intelligence…

Toute maladie mérite sa manne, car l’énergie solaire ou gravitationnelle ne fait aucune discrimination sur l’état de santé physique ou psychique des bénéficiaires.

D’un autre côté, il faut se souvenir que l’intelligence de la vie pousse à inventer les solutions qui permettent de se fatiguer le moins possible, tout en récoltant au moins autant de bénéfices. C’est pourquoi on crée des machines ou exploite d'autres êtres vivants. Il y a donc une tendance naturelle, saine et logique à vouloir «paresser». La preuve: la course aux vacances et à la préretraite!

Le véritable «socialisme» serait de réduire le temps de travail et surtout de pénibilité pour tous sans vouloir se substituer à la nature!

Par contre, rien n'interdirait de travailler plus pour réaliser ses rêves, même si ceux-ci ne consistent qu'à collectionner du «capitale».

Ce qui serait surtout positif, du point de vue relationnel, ce serait la disparition des tensions entre ceux qui ne donnent rien en retour de ce qu'ils reçoivent et ceux qui donnent parfois beaucoup grâce à leur travail. D'autant plus que tout le monde contribuerait dans ce cas non plus pour assister les démunis, mais pour contribuer aux oeuvres et services communs: santé, éducation, recherche, sécurité, transport…

Et si certains se font dépouiller? Hélas, sans doute, mais ce ne sera pas à cause de l’économie énergétique. De toute manière, cette manne étant permanente, l’individu sera rapidement naturellement renfloué.

Enfin, cela éviterait aussi l’assistanat «passif». L’assistance est une aide de la société offerte pour que quelqu’un sorte d’une difficulté quand elle est provisoire ou survive décemment quand elle est définitive. Mais il arrive que cette assistance n’ait pas les bienfaits psychologiques attendus. Pire, ce type de personne assistée s’installe dans un dû sans ressentir la moindre reconnaissance ni le moindre besoin à reprendre un rôle actif dans la société qui l’aide. Ce type de paresse ne serait plus supportée par la société, mais permise par l’énergie universelle sans frustrer qui que ce soit.

Urgence!

Il existe enfin un autre «capital», capital dans toute activité: le temps. L'esprit du rendemant poussé à l'extrême, le fait de vouloir forcer des personnes à travailler à 100% de leur temps pour être «rentable», est un risque pour tout les métiers qui doivent gérer à l'improviste l'urgence. Il serait sans doute plus sage de limiter les activités professionnelles à 80% pour précisément garder ce capital-temps afin de pouvoir répondre à l'urgence. Alors, qu'en serait-il de ces 20%? Pourquoi ne pas les utiliser pour la veille technologique, le perfectionnement de ses compétences, en autoapprentissage ou non, ou, à défaut, des tâches interrupribles à tout instant. Ces 20% devraient servir aussi au repos qui suit une surcharge d'activité due au traitement d'une urgence.

Le partage de la Terre

Proche de l’utopie, peut-être, mais si l’on parle d’une manne du ciel, pourquoi ne pas suggérer aussi la manne de la Terre? La Terre n’appartient en soi à personne. C’est ce qu’on y fait qui gagne de la valeur en fonction de l’énergie qu’on y a consacrée. Une terre agraire ne gagne de valeur que par le travail de l’agriculteur, les ressources minières ne gagnent que parce qu’elles ont été extraites… L’espace physique n’a de valeur que parce qu’il est protégé d’une manière ou d’une autre contre les intempéries ou contre les invasions de toutes espèces. Peut-être qu’un jour, la Terre sera considérée comme équipartageable, de la naissance à la mort: un lopin pour soi, un lopin pour la vie de la communauté et un lopin intouchable pour la Terre elle-même. Il y a là une véritable révolution de mentalité qui risque de ne pas plaire à beaucoup de monde. Et pourtant…

Autres articles sur le thème

  1. De l'importance de l´énergie
  2. Une idée de contribution à la hôdon
Serge Jadot

Notes

1: Pour représenter cette monnaie, l'idée m'était venue d'utiliser un symbole contenant deux barres horizontales à l'instar de € ou du ¥(à noter au passage qu'n japonais, cela se prononce "enn"). J'eus aimé utiliser un ℏ(la constante de Planck, bien adaptée au sujet), mais il n'existe pas de h doublement barré dans les polices. En japonais, l'énergie (au sens physique du terme) est エネルギー, エ et ギ pouvaient bien représenter cette monnaie, mais un caractère Tifinagh, ⵐ, me semblait plus «joli», et inovant.

Pour l´anecdote

En 1995, lorsque j’écrivis les Pionniers de Hôdo j’imaginais une monnaie de science-fiction.

Quand j’inventai mon système, j’étais loin d’imaginer que les modèles économiques de nos sociétés nécessitaient un sérieux dépoussiérage si l’on voulait éviter des effondrements écologiques et l’explosion incontrôlée des sociétés. Peu à peu, ce modèle de fiction est devenu à mes yeux un modèle réel et nécessaire.

Comme toute fiction, il s’agissait d’un artefact adapté à l’univers que je créais, mais en même temps, comme «science-fiction» cet artefact était construit à partir de ma propre culture de scientifique, de physicien.

Cela me poussait à trouver un système à la fois rigoureux et mesurable de manière fiable, c’est-à-dire d’avoir une référence universelle, comme la vitesse de la lumière, l’oscillation d’un atome, la caractéristique d’une particule…

Or le physicien est quelqu’un qui pense toujours aux énergies échangées dans tout type de transformations. Une monnaie basée sur l’énergie me semblait un bon outil dans mon univers.

En même temps, Hôdo était trop peu peuplée au départ, ainsi sur cette planète, il n’était pas possible d’établir une monnaie. D’ailleurs, pourquoi? Quel est le vrai sens de cet «outil» pour l’être physique, biologique et intelligent que nous sommes? En tant qu’êtres physiques, nous n’existons que par l’énergie et la matière qui nous constituent. En tant qu’êtres biologiques, nous avons le besoin de vivre et de sur-vivre, c’est-à-dire de prolonger notre existence pour la procréation ou la pérennité de l’espèce. L’intelligence vient renforcer ces derniers points en nous apprenant à éviter de nous comporter en prédateur afin de conserver notre domaine (d’où la notion de domination). Vivre en bonne intelligence nous conduit de gré ou de force souvent à échanger, et l’humanité a essayé de représenter cet échange dans des modèles, au sens du moule. Les modèles économique et fiduciaire en sont.

J’avais baptisé cette monnaie «enn» pour plusieurs raisons:

— la plupart des langues du monde commencent le mot «énergie» par le son «enn»;

— le son «enn» est précisément la prononciation en japonais du Yen.

Le son «´nn» s'écrit en hiragana ん. Son tracé pouvait évoquer la constante de Planck (ħ) exprimant l’action qui, elle, est proportionnelle à l’énergie. Mais par la suite, j'imaginais un symbole qui rappelait des monnaies existentes.

Qu´importe, maintenant, lecteurs, je vous passe le flambeau.

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